• Chambre 1. [Théodora]

    Tout ce que vous aimez sera emporté.

    Stephen King

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    Finalement, ce n'est pas mal. Je pensais que le Chapelier me donnerait un taudis, quelque chose sous les combles, presque à ciel ouvert, une chambre que je serais obligée de partager avec les oiseaux et autres bêtes de cet univers, mais pas du tout. J'en suis surprise.

    C'est une petite chambre à l'étage, parfaite pour un visiteur comme moi en quête d'inspiration. Les murs sont blancs tirant sur le jaune, simples et nus, et l'encadrement de la porte est blanc. On se croirait dans un livre, un vieux livre aux pages jaunies par le temps et qui sent bon les rêves. Ce n'est pas le grand luxe, mais ça me suffit. Le lit est plus long que moi, ce qui n'est pas difficile, et est collé contre le mur opposé à la fenêtre. J'aime bien. C'est joli, on dirait une maison de poupées miniature. En face du lit, une petite table est prête, attendant qu'on vienne s'assoir près d'elle, un encrier et un plumier posé dessus.

    Appuyée sur le rebord de la fenêtre, j'aperçois les hauts remparts protégeant la propriété, ainsi qu'un bout de jardin remplit des créatures les plus étranges : plantes-pyranha, un spectre plutôt étrange qui se promène un peu partout et bien d'autres espèces qui me sont encore inconnues. Derrière les murs, on devine des cimes se balançant bien qu'aucun vent n'agite l'air orageux. Les grilles sont de l'autre côté, mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas une source intarissable d'inspiration.

    Ce manoir, ce trop grand manoir pour qu'on puisse le visiter en une semaine. Ce monde, se trop grand monde pour qu'on puisse le visiter en une vie. Je ne sais pas ce qui m'a prit de venir ici, ni même comment je suis arrivée là. Tout le monde le déconseillerait. Ici, le danger rôde, partout. Même dans le manoir, on n'est pas totalement en sécurité. Les tableaux ensorcellant vous rendent fous, avant même que vous ne réalisiez ce qui vous arrive, et vous rejoignez la collection de dérangés du Grand Maître. Ou vous allez un peu trop loin, là où les horreurs peuvent s'emparer de votre esprit aussi facilement que si vous étiez un jeune enfant. Et après tout, c'est bien ce qu'on est, non ? Des mortels, pire, des humains ! dans un monde de noirceur mêlée à une lumière singulière.

    Même si le Maître jette toujours un oeil sur ses hôtes. Je suppose que des morts prématurées, ça ne ferait pas une bonne publicité. Il est bizarre, différent. Il ressemble à un humain, mais quel humain pourrait régner sur un tel univers ? Moi, je l'aime bien. Il est peut-être bizarre, différent, mi-quelque chose mi-magicien, mais il est gentil et drôle. Mais manipulateur. Finalement, ici, il est difficile de tout savoir, qui est bien, qui est mal. Ici, on peut couler des jours heureux comme on peut trouver une fin horriblement prématurée.

    Mais de toute façon, après avoir vu Nightmare, mourir vous laisse sans aucun remord.


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